Question de vocabulaire: "client"
Pendant mes années d'étudiant infirmier, on parlait d'avantage de "malade", "patient" ou même de "usager". Mais il y avait un mot qui commençait à s'infiltrer, et que je continue à retrouver de plus en plus: "client".
Ce mot, hérité du latin, a une longue et riche histoire, que je ne vais pas décrire ici. Aujourd'hui, dans notre langage courant, a deux sens: 1/ la dépendance de quelqu'un envers un autre (on rejoins là son sens premier), surtout quand on parle de politique; et 2/ plus courant encore, de celui d'acheteur de biens de consommation.
Si bien c'est vrai que ce mot met l'accent sur la rélation d'égalité entre soignant-soigné, c'est vrai aussi que les soins deviennent "biens de consommation"; et cela, non, merci. De coup, ce client devient source de richesse (pas pour tous...), et nous, les dispenseurs de soins, devrions être attentifs aux moindres désirs de nos clients pour que ceux-ci peuvent partir satisfaits et revenir s'il le faut. Rien à voir avec la nature de la profession infirmière. On regarde les autres mots?
"Malade": évidemment, cet adjectif a besoin d'un sustantif, celui de "personne". Si l'on n'oublie pas ce sustantif, cet appellation est tout à fait correcte, car elle prends en compte tous les aspects: la richesse de l'individu dans sa réalité bio-psyco-sociale, qui se trouve alterée par la maladie. Ici, la rélation de soins qui ressort est la rélation thérapeutique, avec une connotation de "guérisson".
"Patient": rien à voir avec la patience, sinon avec "pâtir", suffrir. La rélation ici préconisé est la compassion (du latin "cum", "avec" en français, et "patior", "pâtir" en français). La compassion n'est pas une émotion stèrile, ni prendre sur soi tous les douleurs du monde: il s'agit plutôt de prendre au sérieux la souffrance de l'autre, et de mettre en jeu tous les moyens possibles pour la soulager. La force de la compassion se trouve, peut-être, dans cet "avec".
Si l'on quitte le milieu hospitalier, et on parle de prévention... Là il n'y a pas de malades ni de patients. Non plus de clients, sinon des "usagers" d'un service de santé.
Tout ça pour montrer mon refus catégorique à prendre les personnes qui souffrent pour de marchandise. Je refuse aussi qu'un établissement, même s'il est à but lucratif, prenne les soins et les soignés pour de machines à sous. Et je ne conçoit pas non plus qu'un(e) infirmier(e) aie un approche matérialiste de la personne soigné. Nous ne sommes plus de nonnes, mais nous restons, surtout et avant tout, humains.